08 Mars: au-delà des apparats festifs!
Le 08 mars rappelle les luttes collectives et les sacrifices importants consentis pour obtenir l’égalité des droits entre femmes et hommes. Malheureusement à l’heure où ces droits sont partout menacés, cette date semble devenir une scène piteuse où se produisent des Etats hypocrites. En tout cas dans les faits, le contraste entre le quotidien des femmes et la célébration du 08 mars est perceptible.
Discours charmeurs, remise de prix de concours dédiés aux femmes et aux filles, concerts géants de femmes, vernissage aux œuvres d’artistes femmes, débats sont en général au menu de la célébration du 8 mars, au Bénin. A côté, des drames se jouent dans le secret des cœurs ou des concessions de nombreuses béninoises et dans l’action sélective des institutions gouvernementales ainsi que des organisations de la société civile dont les voix sont parfois éteintes.
Quelques chiffres en marge du 08 Mars
Environ 1500 femmes décèdent chaque année en voulant donner la vie au Bénin. En clair, 4 femmes perdent la vie, par jour dans le pays des suites d’une complication de grossesse ou d’accouchement. Des dizaines d’autres sont retenues dans les maternités publiques pour défaut de paiement des frais d’accouchement.
Depuis 2021, le droit à l’avortement est une réalité dans les textes de lois béninois. Mais aucune structure d’interruption volontaire de grossesse n’a été créée à ce jour pour permettre aux femmes qui en ont besoin de jouir de ce droit. Résultat, selon les chiffres du gouvernement, au moins 200 femmes meurent à cause d’une complication d’avortement.

En 2025, le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes ( CEDAW selon l’acronyme anglais) après examen des mesures prises par le gouvernement pour la mise en oeuvre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes a déclaré que la violence basée sur le genre est malgré tout encore très répandue au Bénin. 49,9% de femmes ont été touchées en 2022 selon une étude nationale avec un taux beaucoup plus élevé parmi les adolescentes âgées de 15 à 19 ans. D’après une étude réalisée par l’ONG ALCRER en 2021, 7 femmes sur 10 subissent le harcèlement sexuel en milieu professionnel au Bénin.
Les féminicides ne sont pas non plus rares dans la société béninoise. Il n’y a cependant pas de statistiques officielles pour appréhender l’ampleur du phénomène même si des cas sont régulièrement rapportés sur les réseaux sociaux. Par exemple, en décembre 2025, des médias en ligne ont fait écho de la mort d’une femme brulée par son amant dans une voiture. Plus tôt en 2022, trois femmes transgenres ont été frappées et forcées à se dénuder en public. Il faut remarquer par ailleurs que les lois béninoises sont muettes quant à la protection des femmes de la communauté LGBTQ+.
Les droits des femmes d’hier à aujourd’hui
Selon l’UNICEF, le monde compte 1,1 milliard de filles dont le talent, la créativité, les ambitions sont compromis par les discriminations, les violences et les inégalités. Dans les conflits armés qui se multiplient dans plusieurs parties du monde, les filles et les femmes sont violées et tuées dans des conditions inhumaines. En plus, certaines sont exploitées, déscolarisées avec des rêves qui volent en éclat. On se souvient encore de la loi sur l’avortement revisitée en 2022 dans certains Etats des Etats Unis d’Amérique. Partout dans le monde, on assiste ainsi au recul des droits des femmes.

Dans les pays africains, la condition des filles et des femmes est d’autant plus discriminante que ces pays sont tributaires des normes socioculturelles et des croyances religieuses. Au Bénin par exemple, combien de voix de femmes portent-elles malgré les efforts faits pour augmenter le taux de représentativité féminine dans les instances politiques? Les coachs de vie crient à l’autonomisation des femmes, certaines féministes parlent de changement de paradigme en matière d’éducation et à l’échelle régionale, le concept de ‘’masculinité positive’’ commence à prendre une grande proportion.
De potentielles solutions pour une égalité de traitement entre filles et garçons? Peut-être! Mais en attendant, le 08 mars reste plutôt la journée des grandes réjouissances en l’honneur des femmes. Parées dans leur plus beaux apparats, elles crient , sautent, mangent et après les vieux démons surgissent encore et encore.
Un éveil et une lutte plus collective des femmes elles-mêmes pour un 08 mars replacé dans son contexte? Nous semblons bien loin de la transformation profonde de nos sociétés en faveur des femmes, souhaitée.