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Urgences sanitaires en Afrique de l’ouest : Quel financement ?

Une épidémie est une urgence sanitaire qui suppose un mécanisme de financement bien huilé, prêt à être mis en branle. Malheureusement jusqu’ici, la plupart des pays africains ont la main tendue vers les aides extérieures dès l’avènement de ces maladies.  C’est pour renverser la tendance que l’Organisation Ouest Africaine OOAS a mis la problématique sur la table lors de la deuxième conférence internationale sur la fièvre lassa et les maladies émergentes. 

De façon générale, la problématique de financement de la santé est d’importance mais elle l’est encore plus, quand il s’agit d’épidémies. Ces urgences sanitaires ont la particularité de ne pas prévenir et de se propager très rapidement. En dehors du Nigéria où la fièvre lassa est endémique, la plupart des pays ne peuvent pas prédire de façon exacte, la période de survenue d’une épidémie de lassa. Il faut ainsi une expectative armée qui inclut un mécanisme autonome de financement des interventions.

Le fardeau économique de la fièvre lassa

Le professeur Mohamed Lamine Dramé , médecin, expert en politique de santé a estimé d’emblée lors de la session qui s’est occupée du sujet que, la gestion des épidémies et de la fièvre lassa en particulier représente un énorme fardeau économique aussi bien pour les populations que pour les pays. “La fièvre lassa comparée au paludisme est un fardeau silencieux. Au Nigéria qui est le pays le plus affecté par cette maladie, chaque cas de fièvre lassa coûte 4 à 5 fois plus cher que le salaire moyen d’un nigérian”. En 2024, sur 250.000 Nigérians affectés, il y a eu 155.000 décès rapportés “,  a-t-il laissé entendre. Pour lui, il faut évaluer les coûts directs et indirects de la gestion des épidémies de Lassa et les traduire en langages simples pour les décideurs.

Il est rejoint dans son analyse par Dr Ines Monwanou, économiste qui affirme que les coûts liés à la prévention sont moindres par rapport à ceux liés à la gestion des épidémies. “ Le coût réel d’un seul épisode de fièvre lassa comprend les coûts médicaux, les coûts de gestion, les pertes en productivité et de revenus et les impacts macroéconomiques ( décès, pression sur le système de santé). Quand on le calcule ainsi, on réalise très vite qu’il vaut mieux prévenir que guérir’’, a-t-elle précisé.  Pour les  deux experts, au lieu de financer la gestion des épidémies, il vaut mieux partager ces évidences avec les décideurs pour les persuader d’investir dans la prévention.

Financement des urgences sanitaires

Selon les normes internationales un minimum de15 % des budgets nationaux devraient être alloués à la santé mais la plupart des pays ne l’atteignent pas. De plus, plusieurs programmes de lutte sont tributaires de l’aide des Partenaires Techniques et Financiers, PTF. Toutes choses qui compromettent la promptitude des interventions médicales en cas d’épidémies ou de fièvre lassa.

Patrick Makoutodé,  Maître de conférence en système de santé et environnement compare la situation actuelle du financement des épidémies en Afrique à celle d’un richissime entrepreneur qui assiste impuissant à la mort de ces enfants parce qu’il n’a pas d’espèces disponibles pour faire face à leur prise en charge. ‘’ Il ne suffit pas d’avoir une ligne budgétaire, il faut la doter, la mobiliser sous forme d’amortissement . Et quand il y a urgence, il faut qu’on ait accès directement à ces ressources internes avant une réassurance régionale et une éventuelle aide internationale’’, soutient le professeur en politique de santé à l’IRSP (Institut Régional de Santé Publique.

Un mécanisme de financement domestique (fonds propres) est donc indispensable pour faire face à la gestion des urgences sanitaires dans la région. ‘’ Attention le financement domestique n’exclut pas l’aide extérieure. Il faut privilégier les interventions stratégiques majeures à financer sur fonds propres et veiller à aligner les financements des PTF sur les priorités nationales’’ précise Hugues Tchibozo, Consultant en économie de la santé de l’OOAS. 

Finalement pour mobiliser les ressources financières internes dans le financement des urgences sanitaires, il faut miser entre autres sur le partenariat public privé et sur le renforcement du partenariat régional, premier défi  relevé  par cette deuxième conférence internationale sur la fièvre lassa et les maladies émergentes.

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