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Condamnation d’une militante des droits des filles et des femmes au Bénin

La journaliste et militante des droits des femmes, Angela Kpeidja a été condamnée le 19 janvier 2026 à 24 mois de prison assortis de sursis avec 20 millions de dommages et intérêts et 1 million d’amende. Cette condamnation fait suite à une affaire qui remonte à mars 2024. La journaliste avait alors fait des publications sur ses réseaux Facebook et X, pour dénoncer un ‘’harceleur, violeur pas comme les autres’’ sans expressément nommer le prédateur en question.

Ladite décision de la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET) rendue après plusieurs rebondissements, lance à n’en point douter un débat crucial sur le droit de témoigner dans une société où les violences sexistes et sexuelles sont légion. Le rapport 2025-2026 de Amnesty International relève également un contexte de recul de la liberté d’expression dans le pays avec une hausse des interpellations et poursuites de journalistes et de voix critiques, se fondant sur le code du numérique. 

 Les Faits

‘’Je suis une militante des droits des filles et des femmes affiliées à la coalition Béninoise des défenseurs des droits de l’Homme. Si on me condamne aujourd’hui après avoir dénoncé un prédateur dont je n’ai même pas cité le nom, quelle fille ou quelle femme osera encore témoigner ou porter plainte contre un présumé violeur ou harceleur ?’ Ce sont les premiers mots de Angela KPEIDJA lorsque la rédaction lui tend son micro.

A l’époque des faits, Angela KPEIDJA est responsable du service Web de la Société de Radio et de Télévision du Bénin (SRTB). On se souvient encore de ses dénonciations du 1er Mai 2020 qui ont fait d’elle, l’une des voix fortes de la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous étions en Mars 2024, lorsque la journaliste devenue Présidente de l’Organisation Non gouvernementale N’aie pas peur, publie sur sa page Facebook, un texte qui décrit le mode opératoire d’un harceleur violeur pas comme les autres. L’Institut National de la Femme ( INF) Créée en 2021 dans le cadre de la protection des femmes, en réponse à l’alerte, fait sur sa plateforme numérique Facebook, un appel à témoignage tout en invitant Angela Kpeidja dans ses locaux. Dans son communiqué numérique, l’institut précise par ailleurs avoir porté plainte contre X. Par la suite la journaliste est convoquée au Centre National d’Investigation Numérique CNIN, pour être finalement poursuivie pour ‘’ Harcèlement par voie électronique’’ alors même qu’avec l’INF elle réclamait la protection des survivantes pour faire la lumière sur l’affaire. Le dossier est fortement médiatisé par la partie adverse et connait son épilogue en première instance à la CRIET en janvier 2026.

Rédaction : Comment passe-t-on d’un lancement d’alerte à une condamnation ?

Angela K : Les poursuites judiciaires sont venues des plaintes de celui qui s’est senti visé dans la publication et de l’Institut National de la Femme (INF) censé se constituer partie civile dans les affaires de violences sexuelles et sexistes.  Ce dernier n’a ramené aucune preuve de ses allégations. Ce fut donc parole contre parole. Je me souviens même qu’à l’époque, l’une des victimes du monsieur qui a porté plainte contre moi s’était même exprimée courageusement sur ses réseaux sociaux. Convoquée au Centre National d’Investigation Numérique (CNIN) et ensuite présentée au procureur spécial le même jour que moi, son dossier a été purement et simplement classé alors que moi, j’ai été poursuivie pour harcèlement par voie électronique. Aujourd’hui condamnée, je constate que le tribunal n’a pas jugé les faits que j’ai dénoncés mais il s’est plutôt attardé à ma façon d’alerter dans un procès non équitable. En plus, le juge a demandé expressément un démenti de ma publication alors que je n’avais cité personne.  C’est juste dommage ! Pas que pour moi mais pour toutes ces femmes et filles béninoises désormais sous l’emprise de l’omerta.

Rédaction : Quelle suite envisagez-vous pour cette affaire ?

Angela K : Evidemment, j’ai interjeté d’appel cette décision de la CRIET. Mais en tant que journaliste, militante des droits des femmes régulièrement inscrite à la Coalition Béninoise des Défenseurs des Droits de l’Homme, cette condamnation me pose un problème quant à la protection des sources et du droit au témoignage. Les journalistes devraient seulement être soumis au code de l’information mais dans mon pays le Bénin, le code du numérique est le prétexte pour faire taire toutes les voix critiques. Le pire c’est que certains de mes confrères ne l’ont pas compris et au mépris de la confraternité et de l’équilibre, ils ont attaqué ma réputation sans me donner la possibilité de m’exprimer.

Rédaction : Est -ce que vous regrettez aujourd’hui d’avoir lancé cette alerte?

 Angela K : Franchement si j’avais à le faire, je le referais ! Pour moi chaque victime que j’ai pu soulager à travers ma plume compte. C’est vrai que dans cette affaire, ces filles qui m’ont confié leurs problèmes avec des preuves à l’appui m’ont abandonnée. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Je ne garde aucune rancune. Une des victimes que j’ai reçues dans les locaux de mon ONG m’a envoyé une mise en demeure de ne pas publier les preuves qu’elle m’a fournies en toute confidentialité. Malgré tout, je ne lui en veux pas. Et bien au contraire, je pense que s’il y a des regrets à avoir, l’institution chargée de connaitre ces affaires devrait en avoir puisqu’elle a raté de se pencher sur une alerte très sérieuse ! Quel que soit le canal de dénonciation, tant que ce n’est pas nominatif, la loi devrait protéger les victimes, survivantes et non les présumés innocents. Et c’est tout ce que je demande.

Au moment où nous mettons en ligne cet article, la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme a confirmé la décision de première instance. La prévenue dispose de trois jours pour son pouvoir en cassation. En attendant l’épilogue de ce dossier, au Bénin, les journalistes et les voix critiques sont de plus en plus poursuivis pour harcèlement par voie électronique, fait prévu et puni par l’article 550 de la loi N 2017-20 portant code du numériq

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